Silphi à Lyon !

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mardi 13 novembre 2007

Bandini, Mon chien Stupide - John Fante



En ce moment, je me tape un gros revival de livres qui m'ont marqué pour une raison ou une autre quand j'étais ado sans que je me souvienne trop bien pourquoi. En fait tout est parti d'une discussion qui m'a un peu inquiété avec M. Je lui avais conseillé un grand nombre de fois Veronika décide de mourir de Paulo Coelho car j'en avais vraiment un souvenir magnifique mais, quand on a discuté un peu plus avant du livre, je me suis rendu compte qu'hormis cet excellent souvenir, je me souvenais de l'histoire mais pas à proprement parler du livre. J'ai donc décidé de revenir un peu en arrière avec deux livres lus à l'époque où j'habitais dans le doux domicile familial. Deux livres de John Fante donc.

Bandini
Ce roman narre une tranche de vie d'Arturo Bandini, un sale gosse issu des bas quartiers d'une ville du colorado. Il a du coeur et, pourtant, ne peut s'empêcher de ravager : "il détruit d'une main ce qu'il construit de l'autre"(paraphrase d'un passage du 4° de couv que j'ai beaucoup aimé). Son père est un homme dur. Un italien de la première vague d'immigrants. Sa mère, italienne aussi, est une femme effacée et discrète. Quant à ses frères, une relation d'amour-haine les unit tous. Cette histoire, c'est celle de ce garçon qui joue aux durs, qui joue à l'homme et qui n'en est pas moins un enfant. C'est une belle histoire. J'ai été ravi de courir à nouveau les rues avec ce gamin insupportable, ravi de partager avec lui ses émotions si exacerbées d'adolescent. Ravi de revivre ça. J'avais complètement oublié les passages clé de ce roman alors que je me souviens qu'il m'avait laissé un parfum d'agréable liberté en définitive.

Mon chien Stupide
Stupide, c'est le nom donné à un chien de passage par un écrivain dont les succès sont derrière lui. Une bête taillée pour le combat, un gros chien de race japonaise à la gueule d'ours et aux instincts pour le moins dénaturés (il essaye de se faire tous les mâles de l'histoire sans distinction d'espèces). C'est un chien qui combat et qui gagne. Tout le contraire de cet auteur dont les rêves se sont envolés, dont les enfants ne sont que déception et dont la vie n'apporte plus que rêves déçus. Ceci dit, il faut avouer qu'il a su garder un terrible humour, un cynisme touchant et que ce roman est extrêmement drôle. Par contre, je me demande deux trucs : comment ma mère a pu me laisser lire ça quand j'étais gamin et je m'interroge sur le fait que j'avais tout compris ^^ Ce roman, c'est aussi une très belle tranche de vie, bien saignante. Un ravissement à lire. Et tant pis si moi, mon livre et mon Ipod on passe pour des cons à ricaner dans les transports en commun parceque c'est quand même dommage de se retenir !

Au final, il est agréable parfois de se replonger dans ces vieux souvenirs, dans ces livres qui ont accompagné un petit bout de vie. Parcequ'on se rend compte que certains goûts littéraires n'ont pas évolués et parcequ'il est toujours bien de se souvenir non seulement ce qu'on a aimé mais aussi pourquoi. Même si, en définitive, ce n'est peut-être pas ça le plus important dans ces moments qui nous lient à toutes ces histoires. En parlant de revival, il y a un livre qui m'accompagne depuis presque 15 ans et que je n'ai toujours pas relu, c'est le Veilleur du jour de Jacques Abeille. Encore une découverte que je dois à ma très chère mère. Un livre qui a changé mon approche de la littérature par bien des côtés. Un de ces livres qui m'habite. L'histoire de Barthélemy l'Ecriveur et de Terrebre... Et, même si je me souviens encore de nombreux passages par coeur, je sens que ce livre cherche à ressurgir sur le devant de la scène !

A suivre, Beigbeder (j'ai pas encore tout lu), Ellis, Pennac ou Eco ! ;)

Humeur : (pff Antony et Cocorosie...je ne m'en lasse pas !)

mercredi 17 octobre 2007

Artefact - Machine à écrire 1.0 - MG Dantec

Avec un peu de retard, voici donc la critique du dernier roman de Dantec. Je vous avez déjà parlé de cet auteur lors de la sortie de Grande Jonction ici. Comme à chaque fois, je me suis donc jeté sur son dernier roman :




Et ce, même si je dois avouer que ses trois derniers romans m'ont laissé quelque peu perplexe. Toujours est-il que Dantec a signé des livres qui m'ont vraiment beaucoup marqué il y a de cela pas mal d'années maintenant et j'aborde donc toujours ses derniers nés avec enthousiasme.


Ce roman n'est pas un mais trois. Composé de trois séquences très différentes et pourtant inscrites dans la même continuité...

..."Aux enfants de babylone".

Première partie : Vers le Nord du ciel.

Nous avons ici un récit d'un presque homme pris au piège de la tour Nord du WTC le 11 septembre 2001. Il y est sciemment car il sait ce qui doit se passer. Il est venu pour sauver une fillette, une quête de rédemption en quelque sorte. Il faut avouer que la séquence d'ouverture est proprement magnifique. La descente des 90 étages incroyable. A un point tel que l'on se sent oppressé par ces tonnes de béton, d'acier et de verre. S'en suit une fuite vers le grand Nord. Une aventure. Humaine et un peu plus. Un récit très ancré dans cette science fiction qui a donné ses lettres de noblesse à Dantec avec Babylon babies, très encré dans une belle aventure.
Deuxième partie : Artefact.

Le coeur de ce roman-tryptique. Le début laisse un peu songeur: un homme amnésique s'eveille dans une chambre blanche. Il ne trouve qu'une machine à écrire. En écrivant, il s'écrit et s'invente... C'est au cours de cette séquence que Dantec laisse libre cours à sa métaphysique bien particulière sans jamais tomber dans les excès qu'on a pu observer dans ses précédents romans. C'est juste beau. Intellectuellement très stimulant. Le récit est à la première personne et une partie de la reflexion se mène dans ce trio qui se constitue dans l'ensemble de ces Je qui se mèlent et s'emmelent. Car dans un récit à la première personne, qui dit Je en définitive ? De l'écrivain, du personnage ou du lecteur, nous sommes tous en phase d'appropriation par l'intermédiaire de ce Je donc nous usons et abusons pour nous définir. Et c'est au coeur de cette reflexion que je n'ai pu m'empêcher de repenser à cette interview de Dantec sur la litterature comme virus. En effet, il n'est rien de plus intrusif que des mots. Ils sont le vecteur d'une pensée qui nous est étrangère et viennent directement s'inscrire (et se transcrire du coup) en nous. Du coup, ils deviennent partie intégrante de ce que nous sommes. Voilà comment les idées se propagent. Peut-être de manière plus marquée que via l'image... Et c'est dans cette superbe mise en abîme que le roman trouve tout son équilibre. En incluant le lecteur au sein de ce processus de narration. En en faisant le pivot de cette histoire. Pour être honnête, j'ai certainement été touché plus que de raison par ce court texte mais je dois avouer qu'il a su me mener à des reflexions peu communes sur le sens même de l'écriture et l'essence de ce que nous nous efforçons de communiquer...par nos blogs aussi


Troisième partie : Le Monde de ce Prince.

Cette troisième partie s'inscrit comme un clin d'oeuil à nombre de récits d'angoisse, et certainement les Racines du Mal. Un homme (ou quoi d'autre ?) fait un pacte avec le Diable alors que celui-ci part en vacances... Ce récit plonge avec plaisir dans l'image même du mal. Le mal qui est en nous. Sous couvert d'un récit horrifique auquel on s'abandonne avec dégout et envie, se joue la troisième partie de ce roman. Où, dans le fond, sont exacérbés nos plus vils sentiments, cette tendance malsaine au voyeurisme. C'est écrit de manière jouissive. Ca pue le sang, le vice et l'horreur et ça a tout de même un goût pas désagréable. Par certains côtés, ça m'a un peu fait pensé aux Chants de Maldoror de Lautreamont: c'est écoeurant et malsain mais on continue...


Pour être honnête les deux récits extérieurs ont, à mon sens, une fin un peu "pauvre" mais qui n'entache en rien le plaisir que j'ai pris à la lecture de ce livre. Qui plus est, il est interressant de remettre la construction dans son ensemble avec les derniers romans de Dantec de façon à éclairer le tout. En effet, le style est plus clair qu'avant et permet, plus facilement, de comprendre où veut en venir l'auteur. L'homme est triple, le roman est triple, le lecteur est le roman, le roman est le monde. Le lecteur est donc triple, le lecteur est donc Dieu car Dieu est unique et est l'indivision de la Trinité.Trois parties, un presqu'humain profondement bon, un presqu'humain profondement maléfique et un homme seul au milieu. Quand la construction est à ce point rigoureuse et droite, on ne peut qu'être admiratif. Surtout quand c'est servi par un style clair, ciselé et obscur. A croire que j'en redemande !


Un teaser avait été fait peu avant la sortie (le 11 septembre bien sûr) du roman, le voici :



En guise de conclusion, je reste persuadé que Dantec est un personnage puant et dont j'execre pas mal d'idées politiques. Ceci dit, je dois lui reconnaître qu'il est bon et qu'il a su me toucher avec ce roman en faisant appel à cette fabuleuse propension que j'ai à m'enflammer pour des concepts fumeux ^^


Humeur : Parceque je trouve que Dantec se marie superbement avec Tool.